Exposition Suvée au Musée des Beaux-Arts

Le 21/10/2017
- Culture

Le peintre Joseph-Benoît Suvée figure parmi les grands artistes de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Le musée des beaux-arts de Tours en fait le « héros » de sa nouvelle exposition temporaire intitulée « Joseph-Benoît Suvée, de Bruges à Rome, un peintre face à David ».

Du 21 octobre au 22 janvier 2018
L’ombre de Suvée, en pleine lumière
Sophie Join-Lambert, conservatrice en chef du musée, a travaillé d’arrache-pied au montage de l’exposition visible ces jours-ci au musée des beaux-arts. Celle-ci est consacrée à Joseph-Benoît Suvée (1743-1807), sorti de l’ombre des Fragonard, Greuze, David…, et considéré en son temps « trop flamand pour les Français ou trop français pour les Flamands ». Sa postérité fut l’otage de circonstances historiques exceptionnelles : La Révolution.

Un recensement méticuleux a permis l’édition d’un catalogue raisonné des œuvres de Suvée, avec l’aide de l’historienne de l’art Anne Leclair. « L’exposition, souligne Sophie Join-Lambert, permet d’illustrer la sortie de cet ouvrage dédiée à sa mémoire ». C’est la première rétrospective consacrée à ce néo-classique. Qu’il revienne à Tours le soin de l’organiser est une récompense et un honneur. Elle met en lumière une centaine de peintures et dessins, la plupart inédits, qui proviennent de collections privées et publiques, certaines prestigieuses – notamment celles du Louvre. Chacun appréciera l’évolution du style de l’artiste en fonction de son contexte historique.

Derrière les tableaux

Suvée - Le combat de MinerveVoir l'image en grand Joseph-Benoît SuvéeParmi les tableaux importants visibles, Le Combat de Minerve contre Mars (prêt du Musée de Lille) avait valu à Suvée d’obtenir le Grand Prix de l’Académie, David en prendra ombrage. L’esquisse du tableau (prêt également du Musée de Lille) que celui-ci avait présenté contre Suvée sera montrée et permettra au visiteur de revivre cette opposition de maîtres.

Une autre acquisition du musée tourangeau, moins spectaculaire en apparence, méritera qu’on s’y arrête. C’est un portrait réapparu soudainement sur le marché de l’art, acheté aux enchères chez Piasa, avec le soutien financier de l’association des Amis de la Bibliothèque et du Musée des Beaux-Arts. Ce tableau représente le compagnon de cellule du peintre sous la Terreur, ils étaient alors enfermés tous les deux à la prison Saint-Lazare.

Suvée - Portrait de Charles Louis Trudaine de MontignyVoir l'image en grand Suvée -Portrait de Charles Louis Trudaine de MontignyCet ami mystérieux est Charles-Louis Trudaine de Montigny, un proche du grand poète André Chénier qui n’échappera pas non plus à la guillotine deux jours avant l’arrestation de Robespierre. « Ce portrait est poignant, d’une bouleversante simplicité, commente Sophie Join-Lambert. Le condamné, sans illusion, qui attend de monter sur l’échafaud, a dénoué son foulard. Il offre déjà son coup. Malgré l’effroi du moment, Suvée a donné de l’élégance à ce portrait qu’il présentera au Salon à Paris en 1795. »

L’invention de l’art du dessin

Suvée - Dibutade Musée GroeningeVoir l'image en grand Joseph-Benoit SuvéeLe peintre, qui eut plus de chance que Montigny et Chénier, avait sorti de sa tête, en 1791, un tableau inoubliable : L’invention de l’art du dessin. On y voit une jeune fille (Dibutadès, fille d’un légendaire céramiste) projeter l’ombre de son amant à l’aide d’une bougie pour la détourer et conserver sur le mur sa présence. En accrochant sur l’un de ses murs ce prêt exceptionnel du musée Grœninge de Bruges, le musée tourangeau signe le retour à la lumière de cet amant oublié de la grande peinture du XVIIIème siècle autant qu’il redessine, avec flamboyance, la silhouette de celui qui fut le premier directeur de la Villa Médicis à Rome.

Plus d’informations sur www.mba.tours.fr